1 De Fitzroy Crossing à Halls Creek,
2 Au petit matin, alors que le soleil n’est encore qu’un espoir orange sous l’horizon, préparer le premier thé et commencer à lever le camp. A Bililuna nous faisons une dernière fois le plein avant de nous lancer sur
Faire un détour inattendu par le Lac Gregory (lac salé qui bien qu’à six mille lieues de l’océan réagit aux marées et aux tsunamis) que les Aborigènes nomment Paruku en raison des Serpents qui l’habitent. Se retrouver au carrefour et prendre le bon chemin, la voiture des femmes en tête. Etablir son camp à Larmpu (circa puits 49), une oasis peuplée de ces chênes du désert à qui le vent fait faire de bruits d’océan. Meeting et préparation des jours à venir, ces messieurs dames n’aiment rien tant que palabrer autour d’une marmite de thé noir. Avant de dîner, partir en éclairage sur la route : allumer des feux pour éclaircir la route et attirer les dindes que nous tirerons le lendemain. Dîner autour du feu, s’emparer d’une guitare ou d’une paire de boomerangs est un ajout agréable à l’atmosphère. L’année dernière, quelques esprits facétieux avaient perturbé le sommeil de voyageurs similaires, cela n’empêche personne de dormir.
3 Au matin la routine : le thé, le porridge puis lever le camp. Empaqueter les affaires de 35 personnes, les ustensiles et les réserves de nourriture est un exercice complexe qui chaque jour pose de nouvelles difficultés que nous surmontons joyeusement a coups de remorques et de cordes. S’arrêter au puits 49, vérifier que l’eau est bien là puis visiter la tombe de Jack Smith, mort en ce lieu et enterré le 23 mai 1939, circonstances exactes du décès non élucidées. S’arrêter ensuite à Partamalu, un lac de pluie (jumu), asséché mais toujours habité par les arbres Parta, des acacias dont les graines peuvent être moulues en farine ou, encore vertes, utilisées comme savon. Remarquer au sol les éclats de pierre laiteuse ou oxydée qui naguère étaient transformées en lames, en pointes, en couteaux. Le désert maintenant se peuple de collines fantastiques et la chaîne que nous voyions hier au loin devient bel et bien réelle, imposante de grès rouge. S’arrêter à l’ombre de ces deux pics qui sont deux femmes, mes mères, séparées alors qu’elles s’épouillaient par un boomerang envoyé depuis le lointain pays Mandjiljarra par un puissant sorcier. Ecouter l’histoire s’écouler de l’âme de Spider puis réembarquer. Bifurquer au panneau indiquant Breadens Pool mais ne pas se laisser avoir : le véritable nom du lieu est Kaningarra, un homme, un Serpent, un trou d’eau ou naguère l’on produisait de la pluie en quantités industrielles. Les parents de Kaningarra pleurent à l’ombre du figuier leurs ancêtres qui vivent dans l’eau souterraine et l’absence d’eau en surface. Prendre sur un figuier sauvage la force pour explorer les alentours et visiter Godfrey’s Tank, un autre point d’eau, lui aussi à sec en cette saison couronné par une immense pierre polie gravée de motifs cabalistiques. Inspirer, expirer, ne pas rouler sur le grès éparpillé. Déjeuner après Kaningarra à l’ombre maigre de quelques eucalyptus. Les locaux appellent le corned beef ‘tinned dog’ (chien en conserve), ce n’est pas seulement un trait d’humour. Reprendre la route, passer une trentaine de dunes de sable rouge et établir son camp à Kujuwarri (puits 42) pour la nuit et celle à venir. Au crépuscule, trois voitures partent : allumer des feux, tirer des dindes et collecter du bois. Pendant ce temps nous remplissons nos gourdes et jerricans de l’eau fraîche du puits mal orthographié par les soins d’une équipe de volontaires Blancs. Partir pisser à l’écart du camp et remarquer le dingo qui rode l’estomac vide aux alentours. Dîner, souffler, boire un dernier thé et laisser la couverture d’étoiles vous réchauffer.
Bientôt la suite.
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