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3) 24 – 09 – 2007
Lever de soleil sur le bush
Le chant des mille oiseaux : corbeaux, cacatoès à la voix rauque, celui qui a avalé un sifflet et les centaines d’autres dont j’ignore le nom.
Tous en chœur chantent le big bang.
Mais bientôt, lorsque le soleil émerge derrière les collines, les mouches prennent la relève des moustiques pour agacer les pauvres hommes que nous sommes, misérables. Leur chant de mouche est plus grave, plein de pitié plutôt que d’agression : « De l’eau, de l’eauuuuuuu, de l’eeeaaaaaauuuuuuu !, etc. »
Une vache dans le lointain.
La phrase de l’ancien me revient aux oreilles tandis que le monde se pare de milliers de couleurs encore douces : « Yoro Yorro ; tout se tient debout et vivant » C’est vrai, les arbres tordus se tiennent droit dans leur tronc blanc, les herbes hautes se dressent, même les scarabées lèvent la tête.
Beauté simple du commencement du monde, et si nous mangions du serpent ?
 
4) Aurores magiques qui répandent le nom de la femme aimée sur le monde, elle sera avec moi toute la journée.
Et en guise d’échauffement : un changement de pneu, mérité à la faveur de notre camp de fortune, de quoi bien vous mettre en jambes.
Petit-déjeuner sur la pelouse calcinée de la station service – notre pneu réparé par le videur d’hier qui s’excuse des règles strictes de la communauté. Nous sommes bientôt rejoints par Joe, amené par sa famille.
Après un petit plongeon dans les eaux calmes de Manning Gorge – douceur du sable blanc de montagne et panneaux solaires impromptus- en route pour Wire Yard, le site de nos espoirs.
Mais d’abord, arrêt dans le camp des cow-boys (on les appelle stockmen par ici), où un autre petit-fils de Joe travaille, hélico et chevaux oeuvrant de concert pour rameter les troupeaux éparpillés.
Rencontre fortuite ( ?) avec Rein – un ancien travailleur social qui a aidé les Aborigènes du coin à monter leurs communautés quand à la fin des années 1960 ils ont été mis à la porte des stations d’élevage – son nom de bush est Gulingi : pluie (rain) en Ngarinyin. Il est accompagné de Kevin Shaw, un photographe et ami des Ngarinyins. Tos deux ont la langue bien pendue et nous tiennent la jambe un bon moment. Echange de souvenirs et d’adresses, promesses d’envoi de documents divers.
Reprenons la route et montons jusqu’à la communauté de Dodnun à travers criques pleines, gorges profondes et collines, pour le simple plaisir d’y faire demi-tour et ramasser un peu de ce bois-médecine dont la fumée fortifie les enfants, éloigne les moustiques et les mauvais esprits – les missionnaires s’en servaient pour leurs bâtiments.
Visite de Wre Yard pour le Fstival : scène ceinte de baobabs impressionnants, très elle rivière en contrebas – eau fraîche et ombre de pandanus. Oui, mais très peu d’ombre pour loger tout ce monde pendant cinq jours…à voir.
Retour à la roadhouse de Mount Barnett pour déjeuner. Huit touristes en une voiture et des dizaines d’autres qui passent. Notre discussion tourne autour des oiseaux de pluie et du fait que ce sont les Aborigènes qui ont inventé le foot australien.
De nouveau la route – c’est déjà le retour de notre petite mission – jusqu’à Imitji.
On y visite un camp de touristes ans être convaincus et regardons les grandes falaises derrière : u site idéal si seulement il n’appartenait pas à quelque éleveur sud-africain. L’excision sur laquelle est située la communauté d’Imitji est trop petite pour accueillir l’événement qui se prépare.
Au magasin d’Imitji, nous croisons le linguiste Thomas Sanders et le vieil homme dont il s’occupe (avec qui il travaille depuis près de dix ans et par qui il a été éduqué), Mick. Je discute avec Thomas, Joe et Mick échangent leurs nouvelles d’anciens. Le plein est fait, nous pouvons repartir.
Très bref arrêt à Lennard Gorge puis les derniers pas dans le couchant jusqu’au camp de Windjana Gorge, l’ancien repère de Jandamarra. Nous nous y arrêtons pour la uit, Joe, Wes et moi, tous les trois a milieu des touristes mais avec du bois médecine pour nous protéger.
La lune est pleine et le vent rafraîchit le monde pour nous aider à dormir.
 
5) 25 – 09 – 2007
Réveil au chant des cacatoès blanc, le soleil encore loin derrière la falaise ais dardant déjà quelques une de ses couleurs.
Le feu ne veut pas partir, la rosée ayant fait son œuvre, et le réchaud à gaz fuit. Sas tempérament terroriste nous nous contentons donc d’un maigre petit-déjeuner avant de reprendre la route, sans même une tasse de thé !
De nouveau sur la route de Léopold, direction la maison, Fitzroy Crossing. Petit détour en passant néanmoins, par la route de la vieille mine de charbon et la plaine sise entre les montagnes grises du pays Bunuba – sans leurs politiques internes d’inspiration corse, on pourrait envisager d’y tenir un festival.
Avant de retrouver la route de bitume (ils appellent ça l’autoroute), Joe repère et tire une dinde sauvage sur le terrain fraîchement brûlé : notre voyage n’aura pas été complètement vain, il ramène avec lui un tronc de bois-médecine, des nouvelles de ses petits-fils ainsi qu’une bonne grosse poule à mettre au pot.
Quant au festival, espérons ue ceux partis en repérage dans l’est du Kimberley aient été lus chanceux. S’il est cetain que le festival aura lieu, le lieu, lui, reste incertain.
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De dimanche à mardi, je suis parti dans le bush en compagnie de Wes, le coordinateur du Centre de la Loi et la Culture du Kimberley Aborigène (KALACC) et Joe, son chairman, un vieil homme très doux et respectable. Le but de l’opéation : trouver un site pour le rand festival de la Loi et la Culture Aborigènes du Kimberley prévu pour Septembre 2008. Mieux vaut s’y prendre à l’avance, le temps par ici ayant tendance à se dilater à cause de l’épaisse saison des pluies. Nus voici donc partis, sur des routes que je n’avais jamais empruntées auparavant, vers le Nord du Kimberley une région de motagnes et de gorges, de dieux sans bouche et de peintures antiques.
 
1) 23 – 09 – 2007
Une nuit en pays Nagrinyin
Départ ce matin de dimanche, ç heures ? Vous avez oublié l’heure du Kimberley : courses pour l’un, faire le plein les provisions, finir le boulot pour l’autre, ramasser tout le matos pour camper. Départ 10h30.
Sur la route de Léopold – le sanguinaire roi des Belges a droit ici à sa chaîne de montagnes – bifurcation vers Biridu, la communauté de Jimmy/Dillon, peut être le futur chairman de KALACC (élections lundi en 8). Trente bons kilomètres à l’intérieur du pays Bunuba. Cités anciennes ou antiques récifs coralliens mangés par le temps ? Noir, gris et vert – avec quelques touches de jaune pâle, voilà le pays Bunuba en cette fin de saison sèche, et beaucoup de roche, le plus souvent grise et coupante.
A Biridu, la mère, la nièce, les petits-enfants, mais pas de Jimmy – il est à Windjana Gorge, guidant un groupe de touristes dans les entrailles de son pays et l’histoire du résistant Jandamarra - tué d’une balle dans le pouce ù il avait caché son cœur, par un sorcier remnté de Roebourne avec la police. Qu’importe, visitons les huttes pour touristes en mal d’authenticitéet de nature (vive les moustiques !°), derrière la piste d’aterrissage. Un petit tour et uis s’en vont, nous faisons de même.
De retour sur la route – baobabs et fleurs de kapok entre les pierres et les falaises.
Nous trouvons Jimmy à Lilimooloora – où le fameux Jandamarra tua un policier en 1897 – avec trois Anglais rougis qu’il introduit à son pays avec la petite fumée d’eucalyptus t quelques mots aux anciens qui habitent le vent et les pierres.
Pause méditative puis reprenons a route, Joe, Wes et moi, vers la Gibb River Road – la piste qui traverse les Kimberley du Nord.
Sur le chemin d’Imitji, nous croisons la pluie (la pluie ! rendez-vous compte) et entre les hautes collines du pays Ngarinyin une émotion indicible me saisit : c’est ce pays qui le preier m’a appelé en Australie.
Arrêt à Imitji – bière de gingembre et quelques chips – la vendeuse mère d’une star de rugby à 13 jouant avec les Melbourne Storm. Imitji est aussi une communauté Bunuba, Ngarinyin et Kija, mais nous avons d chemin à faire.
Reprenons la route encore pour 80 km jusqu’à Mount Barnett et la communauté voisine de Kupungarri.
Joe reste en famille dans la communauté (la sœur de son ex-belle-fille qui garde l’un de ses petits fils) tandis que Wes et moi – après un dîner à la petite cuiller nous faisons éjecter de Kupungarri comme des malpropres : « Pas d’étrangers, la règle est stricte » nous dit un Blanc accompagné de la belle-fille susmentionnée. On a beau travailler pour eux, nous ne faisons pas encore complètement partie de la famille.
Pas de pahres – Wes et moi réfugiés dans un coin de route éclairé à la lampe torche, nous faisons notre camp à la lueur de la lune.
Demain commence le repérage à proprement parler, mais d’abord : la nuit.
 
2)Nuit sur le toit du 4x4, harcelé par le chant lancinant des moustiques hurlé aux oreilles :
« Du sang ! du sang ! du sang !
Du saaaaaaaaaaang ! Du saaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaang ! Du saaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaang !
Sang sang sang sang sang !
Du sang du saaang, du saaaaaaaaaang ! (ad.lib.) »
Voulez-vous bien dormir ?

La suite demain, si vous le voulez bien
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La premiere apparition de Bahjar dans le monde de devant les yeux mesdames et messieurs! (le texte date de 1999)

3 Traits de Nacre
 
            Misérable créature ! Je ne t'ai pas façonné le corps pour que tu                     l'engloutisses dans la chair molle de ton canapé, je ne t'ai pas fait des yeux pour les rougir au spectacle immonde de la vie sur écran plat, je ne t'ai pas donné un cerveau pour le réduire en esclavage, saleté !
            Engeance de malheur ! Regarde toi donc, qu'as-tu fait de ma création ? Te voilà plus mollusque et chair grasse que la plus vile des espèces, plus informe qu'à l'origine...           
            Et tu ne m'écoutes pas ?
            Tu ne m'écoutes pas, misérable ! N'oublie pas qui je suis, n'oublie pas : ton bon dieu et seigneur ! Tu n'as pas su choisir, cédé trop facilement, et tu gis là comme un cadavre, permanente offense à ma puissance et mon ordre. Je t'ai fait vivant !
            Lève toi, pourriture de création, lève toi ou crains mon impérissable courroux !
 
            Un ange passe.
 
            Ne vous fiez pas à l'amorce quelque peu rugueuse de ce récit, en vérité c'est une belle histoire d'amour, pleine de poésie et de tendresse, que je m'apprête à vous raconter. Mais pour l'instant, il faut bien l'avouer, l'homme, notre héros, gît face à la télé dont il ingurgite les images - bière, chips et feuilletons infinis - se laissant patiemment transformer en mollusque des temps modernes, suivant sagement cette ligne darwinienne qui mène de l'homme au yaourt. On le croirait mort à le voir ainsi et pourtant, je vous assure qu'il vit, pauvre petit cadavre...
            Nom de dieu, le voilà qui se lève ! Foutus personnages, ils n'en font jamais qu'à leur tête ! Pourtant, c'est étrange, mais on dirait que son mouvement n'est pas volontaire, comme s'il l'effectuait malgré lui : un mouvement de l'estomac. Oui, comme si le Grand-Joueur-de-Marionnettes avait décidé, ni une ni deux, de ramener à la vie l'une de ses âmes mortes.
 
            L'homme enfile son manteau et s'apprête à sortir de chez lui, ce qu'il n'a semble-t-il pas fait depuis des siècles. Il se dirige vers la porte, cher lecteur, c'est le moment pour moi de m'éclipser, d'ailleurs, je n'ai rien à voir avec toute cette affaire.
            La porte grince atrocement. L'homme, dans un état second et le ventre légèrement protubérant, la referme derrière lui, sans douceur. Il ne reconnaît pas son escalier, il ne reconnaît pas ce hall, il ne reconnaît pas même son nom sur la boîte aux lettres.
 
            Dieu de malheur, informe, éternel immonde, je te conchie de toutes mes forces et de mon pancréas, je te dégueule par tout ce que je sécrète, je te hais pour  tout cet air que respire !
            Honte sur toi, vieillard sadique qui nous a créés libres dans le seul but de nous punir et de nous voir expier la faute de notre misérable existence aux pieds de ta face scélérate. Honte sur toi et ton plaisir destructeur, ta colère infinie et ton amour hypocrite !
 
 
 
            Il pousse la porte de l'immeuble.
            Il n’a pas le temps de poser un pied dehors : rouge, jaune, gris, vert et arc-en-ciel, les cris, les sifflets, des chars remplis de formes vaguement humaines, des guirlandes vomies des immeubles alentour, des fenêtres et des masques, des musiques confondues, des femmes endiablées, les couleurs qui chavirent et s'entourloupent. Notre homme osera-t-il se jeter dans cette immense mêlée ?
            Il n'a pas le temps, vous dis-je, de jeter un coup d'oeil sur la rue - qu'il ne reconnaît bien évidemment pas - qu'il est bousculé par un type sortant de l'immeuble, un sale type masqué mais drôlement bien habillé, qui manque de le renverser et se fond dans la foule.
            Il n'a pas le temps - combien de fois va-t-il falloir le répéter ? - de penser à courser le malotru qu'il est de nouveau bousculé, et cette fois, il tombe bel et bien, en plein sur le trottoir.
            "Ote toi de là, gueux ! Place, place à la reine des reines, l'Auguste Majesté par la grâce de Carnaval !"
            Des masques, cinq ou six, entourant une femme et son loup, ils rient et hurlent au spectacle de notre homme à terre. L'un d'eux s'approche et lui crache au visage : "Baisse les yeux, misérable, tu n'es pas digne de contempler sa beauté !
            _Place à Sa Majesté !" crie un autre resté aux pieds de la dame. "Longue vie à Sa Majesté!" et il offre le champagne.
            Arlequin, Long-Nez et Pantalon, des animaux difformes et cet ange tombé des nues. Au froid soudain qu'il ressent à l'estomac et malgré la douleur et la honte, l'homme croit reconnaître le coup de foudre : sur le champ, il veut rejoindre cette cour absurde d'admirateurs.
            Arlequin l'écarte d'un coup de main en riant, les animaux jouent une marche pour tambour et trompette sur le tapis rouge de la femme. Elle semble flotter au-dessus du sol, et la caresse de son parfum... L'homme reste médusé, les yeux ronds, plaqué contre le mur, impuissant, perdu dans les yeux de cette reine, oh oui, elle ne peut pas être moins !
            Il reste encore quelques instant immobile après le passage du groupe, sous le choc, comme on dit. Puis, subitement, il se relève et se met en tête de les suivre, elle surtout. C'est facile, son estomac lui indique le chemin : froid devant. Et puis, il perd vite leurs rires, leur musique, car le groupe a tôt fait de s'écarter des artères encombrées par la folie de Carnaval, dans ces ruelles que, malgré l'ivresse générale, ils semblent connaître sur le bout de leurs doigts. L'homme est, lui, très vite désorienté, puis perdu et bientôt, il ne reconnait plus les rues ni les quartiers et pour cause : il ne les a jamais arpentées de sa vie.
            Ici ou là, à proximité de quelque café ou avenue, un capharnaüm épouvantable rappelle la démence qui farandole toute la ville.
Etrange apparition que notre homme : dans l'insensé charivari de cette nuit, un monde de silence, une ombre qui avance, qui marche, absente, qui marche avec dans les yeux la seule image de cette femme immense.
 
 
            Au coin suivant, l'homme a tout juste le temps de voir le groupe rentrer entre deux immeubles délabrés dans ce qui ne peut être qu'un bar.
            Une taverne plutôt, porte en bois massif, petite fente coulissante pour le videur. Klik-klak, deux petits yeux apparaissent puis s'écarquillent. "Ah, monsieur Sam, on vous attendait. Entrez." Klik-klak. Klok, la porte tourne sur ses gonds. Derrière le videur, un nain apparaît qui saisit la main de l'homme (qui ne s'appelle pas du tout monsieur Sam) : "Si vous voulez bien me suivre".
            Le nain en éclaireur écarte la foule démente du bar, une vraie cour des miracles, navigue entre les tables effrénées, amène l'homme jusqu'au comptoir où un siège l'attend en face d'un verre rempli d'un liquide rougeâtre. "Ma spécialité" dit le barman qui accueille l'homme avec un large sourire sans dents. Chaleur, fumée, brouhaha incommensurable, l'homme croit se sentir mal. Le barman vient aussitôt à sa rescousse.
            "Monsieur Sam, vous ne buvez pas ? Ca fait un bail dites donc que vous n'êtes pas venu nous voir. Vous savez pourtant que vous avez toujours votre place ici, comme vous l'aimez. Qu'est-ce qui vous a retenu si longtemps ?"
            L'homme avale son verre d'un trait. Un trait brûlant, infect, la sensation qu'un rat mort vous descend en travers de la gorge. L'homme lève les yeux pour prier, oublier ce goût à jamais. Ce n'est qu'à ce moment qu'il s'aperçoit que, juste en face de lui, à quelques mètres, se tient la femme merveilleuse et sa cour idolâtre.
            "Pas bavard, hein ? reprit le barman. C'est vrai qu'il y a foule ce soir... faut dire avec ce carnaval, tous les tarés s'autorisent à sortir au grand jour, sans se cacher. Et bien sûr, c'est ici qu'ils finissent. Le meilleur tord-boyaux de l'hémisphère !" Et il éclate de rire en resservant l'homme.
            Celui-ci avale son deuxième verre sans plus y faire attention, anesthésié, pour se donner du courage peut-être. Il voit la femme se lever, en direction du sous-sol où, selon toute vraisemblance se trouvent les toilettes. Un vieillard infirme qui se tient à coté de lui éructe : "Sacré putain celle-là". L'homme fustige l'infirme du regard, pense lui casser sa jambe unique, mais descend sans un mot au sous-sol.
            Il a juste le temps de voir que la femme n'entrepas dans un des lavabos prévus à cet effet, mais referme une porte marquée d'un petit écriteau "privé". A sa suite, encore ce froid au coeur du ventre, il pousse la porte.
 
            Et si je fouillais le fond de tes entrailles putrides, animal moribond, qu'y trouverai-je ?
            Le fruit trop mûr de ta bestialité assouvie ? Ta bile vieillie exhalant les relents qui te servent d'âme ? Tes viscères éclatées par le festin de tes semblables ? Peut être le merveilleux spectacle de ta souffrance en mouvement ?
            Qu'y trouverai je dans tes entrailles putrides, animal moribond ?
           
            Derrière la porte, un long couloir dont l'issue se perd dans les tréfonds.             L'homme frissonne au parfum de la femme sur son sillage, il s'engage dans le couloir mal éclairé. Les pas de la femme résonnent, l'homme marche à l'ouïe sur ce sol en pente douce, quelques pas en arrière, camouflé par ses semelles en caoutchouc et les ténèbres environnantes, saisi par la chaleur étroite. Un pas, un pas, un autre pas. Les bruits de pas hypnotiques. Pourquoi la suis-je ? se demande l'homme. Comment est-ce que tout ceci a pu commencer ? D'où vient ce vertige dans le ventre, que j'ai aussi quand je la vois ? Tout un tas de questions auxquelles il ne peut bien sûr pas répondre. Que faisais-je donc avant de sortir ? Je ne me souviens de rien d'autre qu'images, images, images. Avant ? Il n'y a rien d'autre avant. Je n'ai même pas de nom.
            Un bruit de pas sur des marches métalliques rappelle notre homme à son histoire. Pauvre, il en vient même à douter de sa propre existence dans cette obscurité moite. Mais voilà qu'en bas de l'escalier, il se retrouve dans un hall immense, comme un sas de bal au fond de la terre. De l'autre côté de la salle, tout au fond, il a à peine le temps de voir la femme passer derrière la porte et disparaître. Au milieu, une statue servant de portemanteau sur laquelle sont accrochés les vêtements de la femme, son masque et sa tête. Il règne une chaleur épouvantable mais l'homme ne songe en aucun cas à se déshabiller. Il repense à ce qu'il vient de voir : la tête sur la statue, les papiers traînant devant la porte qui se sont embrasés. Est-elle entrée dans un four ? Son ventre émet un son étonnant et il se décide à ouvrir la porte à son tour.
 
            Tu découvriras mon nom en lettres écarlates, calligraphiées pour toi par la force de ma douleur, la véhémence de ma misère et l'infini de la colère que        j'éprouve pour mes frères et mon sang. Ce nom répugnant de bâtard, enfanté par la nature dans un accès de démence ; ce nom maudit qu'un dieu se targue et se bat les très-puissants flancs d'avoir inventé. Tu liras entre deux hoquets ce nom que   j'agoni, misérable créature que je suis, ce nom qui me lie à toi comme à tous, je te l'épelle pour ne pas avoir à le prononcer : h-o-m-m-e.
 
            De l'autre côté c'est le désert (aussi improbable que cela puisse paraître), sable et soleil. La porte s'est refermée sur l’homme avec un claquement sinistre, la femme a disparu. Il ne distingue rien d'autre que le sable à perte de vue, jusqu'à l'horizon, et derrière lui, une porte suspendue dans le vide au milieu de ce nulle part.
             L'homme resté seul n’a d'autre choix que d'avancer, qu'importe la direction, droit dans le sable, peut-être trouvera-t-il les limites de ce désert souterrain et de cette chaleur infernale. Il ne sait pas sa tâche infinie : ce sable ne finira jamais d'avancer ses dunes.
           
            Les pieds s'enfoncent dans le sable et disparaissent, l'un après l'autre, les traces s'effacent aussitôt. Un pas, un pas, dans le sable en mouvement. Un pas, toujours aussi futile, inutile que le suivant. Le désert est une impasse infinie. Les pas s'ajoutent aux autres, sans queue ni tête, sous le soleil improbable. L'homme marche, des jours et des jours, sans que jamais la nuit vienne jouer de sa fraîcheur, l'homme marche sans fin. Chaque pas, pense-t-il, sera le dernier.
            Pas à pas c'est la soif qui monte, en plus de la chair brûlée et bientôt la faim. Jamais la fin. La soif de l'homme brûle sa gorge, sa bouche, gagne ses poumons, son ventre. Son corps, son corps pour une goutte d'eau ! L'homme sent en lui chacune de ses cellules asséchée, tarie, stérilisée par la soif. Ses cellules flétries comme des grains de sable, qui raclent à l'intérieur. Respirer même est une brûlure. La soif, la faim, le manque de sommeil, combien de jours et de pas, et l'homme confond ce désert qu'il voit et celui qu'il est  devenu : cette dune agonisante, avançant comme les autres dans les courants d'air. Mort en esprit comme le désert est vide de vivant ; du sable, des grains, autrefois un homme, à perte de vue.
 
            Soudainement, ce cauchemar que j'ai fait des nuits durant m'est revenu à la mémoire. Je fus comme assommé, fauché en plein élan dans ma vie éveillée.
Je suis dans une espèce de désert immense peuplé de sables blonds et de rochers. Je m'arrête  justement devant l'un de ces rocs que l'érosion a taillé en autant de lames. Je pose mes deux mains sur les côtés d'une de ces lames, et je me jette, je cogne, je frappe jusqu'à ce que ma tête explose comme un fruit trop mûr. Je frappe. Des flots de sang s'échappent de mon crâne, et de la bile, je sens le roc dur et froid pénétrer chaque fois un peu plus profond, fouiller ma cervelle, je frappe, le roc dur en moi, la pierre dans mon crâne ; et moi qui continue de cogner, ça ne s'arrêtera jamais, ce mouvement de va-et-vient, la lame de schiste qui déchire mes sens. C'est insupportable, je frappe le roc, l'image seule me fait frémir, c'est insupportable.
Il faudrait vraiment que je me réveille.
 
            Enfin - après des siècles et des siècles, peut-être en une heure - sec et brûlé, cent fois mort et toujours à l'agonie, l'homme s'arrête, et tombe. Il pleurerait sans doute s'il était resté une seule goutte d'eau en lui, mais il se contente de fermer les yeux. Quand il les rouvre, il voit ce vieil homme noir, Bahjar, debout, à quelques mètres, qui lui fait signe d'approcher en souriant.
            "Viens à moi mon petit, nu comme une branche, dit l'ombre chaude, tu ne sais plus qui tu es, tu ne sais pas qui je suis ; je peux seulement te dire où.
            _Où ? l'homme ne peut articuler qu'une seule syllabe à la fois et c'est déjà un effort terrible.
            _Dans le désert bien sûr, il rit doucement, c'est là que tu dois être, c'est à lui que tu appartiens : l'Enfer.
            _Non..."
            Le vieux noir rit encore, un rire sec comme ses rides. Puis il tend à l'homme un collier dont le pendentif est une pierre striée de trois lignes de nacre.
            "Je vais te faire une faveur, dit alors le vieux Bajahr, parce que tu ne veux pas me croire. Regarde, je vais te laisser sortir, tu reviendras ici de toute façon, et je te donne cette pierre pour que tu t'en souviennes.
            _Comment ? demande l'homme à qui l'espoir permet maintenant d'éructer deux syllabes à la suite.
            _Quoi, tu ne sais donc pas lire ? demanda Bajahr dans un éclat de rire et il disparaît. A sa place une porte. L'homme la pousse, ce n'est pas un mirage.
 
            Un homme croise dans la rue un groupe dont une des femmes porte un masque de carnaval, celui avec un long nez, vous savez. Intrigué, il suit le groupe dans un bar où depuis le zinc il admire la femme au masque. Il la suit ensuite jusqu'à ce qu’elle se sépare de ses amis, jusqu'à ce qu’elle rejoigne un sous-sol dans la vieille ville.
            Le sous-sol commence par une fausse entrée d’appartement et derrière la porte, il se poursuit en un long tunnel où les talons de la femme résonnent. Un escalier descend assez profond, en colimaçon, l'air est de plus en plus humide et il fait de plus en plus chaud, l'homme continue de suivre. Plusieurs fois, la pierre autour de son cou lui demande de faire demi-tour, mais il ne veut rien entendre, hypnotisé.
            Enfin, au fond d'une grande salle pleine de tuyaux sur les murs et au plafond si haut qu'on n'est pas sûr de le voir, le chemin de la femme masquée la mène devant une porte immense. Dans la salle, se trouve une quantité de malheureux, une vraie cour des miracles, des hommes durs, des femmes éprouvées, des enfants vicieux, des éclopés, des mutilés, des suicidés, des aveugles, des nains, des poilus, tous en haillons dégoûtants, maladifs, sauf le portier qui porte un magnifique costume de soie rouge imprimé de dorures arabisantes. Il soulève son superbe haut-de-forme quand il voit la femme arriver et la salue respectueusement, puis il tape trois coups secs et crie quelque chose en une langue étrangère.
            La porte s'entrouvre et laisse passer un souffle brûlant, les papiers qui traînent devant s'embrasent. La femme s'avance et, oh mon dieu, elle ôte sa tête masquée tout entière qu'elle jette à un gueux et entre cou nu dans ce qui ne peut être qu'un four. La pierre ordonne à l’homme de fuir, de se sauver, en vain.
            Le portier crie soudain : "Amenez le moi !". L'homme sent alors deux mains peser sur ses épaules, deux horribles géants le soulèvent et l'apportent prestement au portier.
            "Que fais-tu là ?" demande-t-il.
            L'homme parvient à peine à balbutier : "Je, euh, je l'ai suivie...
            _Tiens donc ! s'écrie le portier, vous entendez ça vous autres ? Il l'a suivie ! Ha ! Ha! Ha! Sais-tu seulement qui tu as suivi, pourceau ?
            _Non, mais elle est si belle....
            _Belle comme l'enfer !" hurle un vieillard unijambiste entre ses trois dents.
            Le portier reprend : "Cette femme que tu as suivi comme un bon petit chien, c'est Lilith. Un des pires démons qui soit, tu vois. Foutre sang morve étron, il n'y a que cela qui la pousse, la mort l'horreur et l'incendie. Elle aime tous les hommes d'un amour dément, elle aime leur souffrance, leurs cris et leur sang quand il coule jusqu'à ses lèvres, elle aime leurs yeux revenus à la poêle, foutre sang morve étron, stupre et incendie. Tu as tiré le gros lot mon petit ! Et il éclate de rire.
            _Et sa tête ? demande l'homme.
            _Sa tête ? Oh, c'est un curé qui lui a coupé, je crois, il pensait que ça pourrait l'arrêter. Ha ! il est mort émasculé et Lilith depuis peut faire le mal en deux endroits à la fois, du beau travail, vraiment ! ha ! ha ! ha! Allez, buvons un coup à ça !"
            Le portier tend un verre à l'homme et avale le sien d’un trait. L'homme hésite un instant puis fait de même, et tombe raide mort. Quelques gueux applaudissent les révérences du portier.
           
 
            « Allez, monsieur Sam, dit le barman, c'est l'heure maintenant, il faut y aller, on va fermer. »
            L'homme soulève lentement, douloureusement, les paupières, il demande d'une voix blanche : "Un verre d'eau…
            _Vraiment pas la grande forme, hein monsieur Sam ? Bah, ça arrive vous savez, même aux meilleurs, ma femme me le dit tout le temps...
            _ Un autre.
            _Vous avez drôlement soif pour un homme qui a autant picolé. Allez, je vous ai appelé un taxi, il doit être arrivé maintenant."
            L'homme - qui ne s'appelle toujours pas monsieur Sam- est touché de la délicate prévention du barman. Il se lève péniblement et traverse lentement la salle, souffrant apparemment de sévères courbatures. Lentement, il sent chacune de ses articulations crisser, comme rouillées, grippées par du sable, sa peau le brûle et craque avec le mouvement. Au ralenti. Il murmure un au revoir rauque et sort.
           
            Le taxi attend devant la taverne, porte ouverte au passager. L'homme voit le ciel couleur petit jour et s'effondre sur les sièges en cuir mou. Au chauffeur qui lui demande, l'homme répond : "Chez moi". Le chauffeur rit doucement dans sa bouche sans dents et passe la quatrième. Ils sont partis. Un poids étrange au cou fait dodeliner l'homme gentiment ; bientôt, les ronronnements du moteur ont raison de ses forces, et il s'endort.
            La dernière image dont il se souvient au matin était celle du rythme hypnotique des lumières d’un tunnel, à toute vitesse une ligne droite. Car c’est aussi la première chose qu’il voit à son réveil, le taxi roulant toujours, à 140, dans un tunnel.
            « Peut-être toujours le même », chuchote la pierre autour de son cou. Ni devant ni derrière, aucune ouverture, lumière ou quelconque trace de jour. La montre de l’homme s’est arrêtée, les aiguilles bloquées à 23h12.
            « Bien dormi j’espère, nous sommes presque arrivés maintenant
            _ Où ça ? » demanda l’homme qui avait la gorge douloureusement sèche. Le chauffeur étouffa un petit rire blessant, et accéléra encore un peu.   
Et la lumière vint.
            Trop de lumière. Un soleil aveuglant. La pierre au cou de l’homme pèse des tonnes, celui-ci sent sa peau s’assécher en un instant. Ils sont de retour dans le désert.
            « C’est une blague ? » demande l’homme, et le chauffeur explose de rire, il hurle véritablement.
            D’un bond, il se tourne vers l’homme, l’air siffle entre ses gencives nues, la mâchoire tendue. « Hors d’ici c’est l’enfer » laisse-t-il échapper et aussitôt il arrache la pierre de l’homme en pendentif, l’homme paralysé. Puis, et ce n’est qu’ici que l’horreur commence véritablement, le chauffeur se transforme en serpent des sables, saute au cou de l’homme pour y planter ses crocs, injecter son venin, et s’enfuit par la portière.
            La douleur est instantanée, ainsi que la fièvre, l’homme est pris de tremblements, de nouveau il ressent cette brûlure froide au cœur du ventre, la femme, les contours de la voiture se mettent à danser, les dimensions se mélangent. Au prix d’un terrible effort, l’homme parvient à sortir de la voiture. Entre son délire et la douleur, il a tout juste le temps de remarquer que quelque chose cloche dans ce désert. Quelque chose a changé.
 
            Haut dans le ciel, les vautours planent sous le soleil. Puis l’un d’eux voit l’homme : infime ombre à la surface. Les vautours descendent.
            « Des oiseaux, est-ce que je vois vraiment des oiseaux ? » se demande l’homme. Dans le premier désert, il n’avait vu aucun animal.
            Il ne peut plus marcher et tombe à genoux, venin agissant, à genoux dans le sable, terrassé par cette question. Des oiseaux... Puis il entend à quelques mètres derrière lui une hyène glousser, puis une autre en écho.
C’est ce moment là que choisit le premier vautour pour lui crever l’œil droit de son crochu.
            Le premier sang fouette les instincts et les estomacs creusés par le soleil. Avant même que la première goutte ne touche terre, les animaux sont sur lui. Des charognards qui, pressés par l’urgence de la survie, n’attendent même pas que l’homme soit mort. Dans un unisson rauque et débordant de salive, ils se ruent, se jettent sur lui et commencent la boucherie - bâfrent, bâfrent, bâfrent - déchirent le corps de l’homme en morceaux, petits bouts de viande arrachés dans la mêlée : jambes, mains, bras, épaules, joue, cervelle, poumons, intestins - rongent, rongent, rongent. Hyènes et vautours dans le désordre - coups de dents et claquements de becs - à qui mieux mieux dans le bain de sang, sous le murmure incessant des mouches à viande, à merde.
 
            Soleil, immobile, pas de bras, pas de bouche, pas bouger, non, douleur, moi, sable, ronge, ronge, soleil, pas bouger, attendre, oui, immobile, attendre, soleil, ronge.
 
            Mais ne perds pas espoir, lecteur, car notre homme n’est pas mort pour autant ; peut-être un effet secondaire du venin. 
            A la fin, repus de viande tiède et d’entrailles, les charognards s’assoupissent. Touchant tableau de la solidarité criminelle : les vautours et les hyènes gisent là, entre les morceaux immangeables et les os trop épais, les uns reposant leur bec sur des ventres poilus, les autres étendant leurs pattes entre les ramages. Ils dorment bientôt tous, mais d’un sommeil agité : l’homme même écartelé ne se laisse pas digérer. Même sous les becs, dans les gueules et estomacs - mâchent, mâchent, mâchent - des charognards festoyant, l’homme demeure un être pensant, vivant, agissant dans ses morceaux éparpillés. Il ressent la douleur des molaires et l’acidité des sucs, l’interminable angoisse de la digestion, des litres d’acide sous des mètres d’intestins, le noir et la puanteur de sa chair décomposée.
            Las ! On ne peut digérer que les morts.
            Alors, un par un, le cauchemar de l’indigestion vient saisir les charognards. Derrière leurs yeux ils voient l’homme venir à eux, crier, hurler et répandre leur sang sur ses membres, s’en couvrir jusqu’à se fondre en eux. Tout au fond d’eux, les charognards entendent l’homme survivre et les maudire, crier dans les pulsations de leur sang, de leurs sucs, danser comme un cannibale sur la flore de leurs estomacs. Et, dans un élan de douleur nauséabonde, ils rendent tous en chœur, entre leurs dents, le corps de leur festin : l’homme liquidé dans un spasme. Le ventre vide à nouveau, écoeurés par les siècles à venir, les animaux quittent le tas rouge et pestilentiel qu’estdevenu l’homme entre ses os, un par un.
 
            Lentement, sous l’effet du soleil - dans cet endroit il était toujours au zénith - lentement la bouillie réduit. Suivez la recette. L’homme se sent rétrécir de corps, sécher, fossiliser et durcir. Immobile. Mais son esprit reste toujours en mouvement, vivace et sensible. Dans l’érosion, l’homme continue de souffrir et d’agoniser, encore et toujours. Son cœur se durcit, il oublie le mouvement et les gestes, l’homme n’a plus de nom, plus d’estomac. La bouillie fossilise.
 
            Il y a tant de morts qui errent à la surface, tellement de coquilles et de carcasses. On en croise tous les jours, sans y prêter attention, on en salue même quelques uns parfois, sans se douter. Eux même ignorent leur triste condition : après tout ils ont un toit, une voiture, une télé, ils se goinfrent et chient, ils boivent et pissent : comment soupçonner que l’on est mort, comment savoir ? Il est même difficile de les prendre en pitié ces pauvres bouts de viande qui s’agitent. Les morts ne sont pas tous sous terre, croyez moi. La vérité (sic), c’est que souvent les âmes n’attendent pas la vieillesse ou l’accident pour se faire la malle, j’ai même entendu dire que certaines se suicidaient. Parfaitement, les âmes peuvent se suicider.
            Mon dieu, mon diable, je ne sais plus où j’ai rangé la mienne. J’espère ne pas l’avoir vendue !
 
Soleil, immobile, pas de bras, pas de bouche, pas bouger, non, douleur, moi, sable, ronge, ronge, soleil, pas bouger, attendre, oui, immobile, attendre, soleil, ronge.
 
Des siècles d’anges passent dans le soleil immobile, loin au-dessus des sables imperturbables et des carcasses qui s’érodent. Le temps long, chaud et sec, la mort et l’inaction.
 
Et puis soudain, le silence minéral se brise : un son vivant, quelqu’un s’approche en sifflant. L’homme devenu pierre parmi les sables en érosion entend des pas, puis une voix chaude et familière.
            « Oh, bonjour ma petite, viens un peu par ici », le vieux Bajahr s’accroupit et prend la pierre dans sa main, l’homme devenu pierre. « Parle moi, raconte moi ton histoire, ce sera amusant » demande-t-il en riant.
            Alors, comme si elle réagissait à la voix, la petite pierre posée dans la main se fendille, et trois traits de nacre appariassent à sa surface ; et la pierre dit : « Quoi, tu ne sais donc pas lire ? »
            Et Bahjar rit.
 
 
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Mais oui,  qui est donc Bahjar?

 

Après presque deux ans d’existence, il convient de lever quelque peu le mystère et de dire un peu qui est cet être a qui ce blog est dédicacé. On en trouve des pseudonymes sur ce blog : Martin, Nginda, Marcel Jangala, etc. Mais Bahjar, voyez-vous, appartient à une tout autre catégorie d’existence, n’en déplaise a tous ceux qui voudraient n’y voir qu’un autre alerte ego parmi tous les autres. Bahjar est un être qui apparaît quand bon lui semble, sous quelque forme que ce soit.

La première fois que j’ai rencontré Bahjar, ce fut en écrivant une nouvelle, 3 Traits de Nacre qui sera prochainement mise sur ce blog, un écrit de jeunesse parmi toutes les considérations plus contemporaines. Mais je n’avais pas prévu Bahjar dans mon récit, il s’est simplement imposé à moi, offrant une solution à la nouvelle avec son chaud sourire et son beau rire épais. Il ne s’est même pas présenté à moi, il a simplement surgi dans mon écriture et quoi ? Pouvais-je lui refuser une place qu’il prenait comme si en vérité elle lui était destinée ?

Certains diront : Hallucination récurrente et sensible.

La deuxième fois que j’ai rencontré Bahjar, ce fut en Australie bien sûr, au sommet d’une montagne qui est un Serpent, quelque part dans les Flinders Ranges, au sud du continent, à quelques trois cents kilomètres au nord ouest d’Adélaïde. Je n’avais quasiment pas dormi lors de cette première nuit glaciale dans les montagnes. Debout à quatre heures et demi, j’avais passé une bonne demi heure sous une douche brûlante avant de me lancer dans l’ascension du plus haut sommet de la région. J’ai grimpé comme jamais, poussé par l’énergie nerveuse d’une nuit infernale. Je suis arrivé au sommet peu de temps après le lever de soleil, à bout de souffle mais heureux de contempler tout le monde alentour frais et vivant comme au premier jour. Et Bahjar était là, sagement assis sur l’un des rochers ponctuant le sommet. « Tu en as mis du temps » me reprocha-t-il avant de lancer une bourrasque pour disperser le tabac de la dernière cigarette que je pouvais me rouler. « Mais tu as raison, continua-t-il, son sourire plus large que son ventre, ce n’est pas d’arriver qui compte, mais faire le chemin ». Je me suis assis à côté de lui et nous nous sommes tenus un long moment en silence dans le matin naissant. « Tu ne crois pas qu’il est temps de descendre ? » m’a-t-il demandé avant de disparaître dans un coup de vent. Alors bien sûr je suis descendu. A quelques centaines de mètres du sommet, j’ai croisé un Anglais (casque colonial et costume de coton) terminant son ascension et je lui ai souhaité le bonjour avec mon plus beau sourire. Je n’oublierai jamais le visage de celui qui croyait être le premier à arriver au sommet. Qu’y a-t-il de meilleur que de coiffer un Anglais au poteau ?

Depuis, Bahjar est apparut régulièrement sur mon chemin, s’asseyant à côté de moi inopinément pour me chuchoter des encouragements ou lancer quelque conversation philosophique. Il semble affectionner le vent du large pour venir et disparaître.

Lorsqu’il s’est agi pour moi de trouver un nom à ce blog devant présenter un peu de moi-même, Bahjar s’est de nouveau imposé à moi – sans doute en raison de ses interventions répétées dans les moments charnières de ma vie – c’est l’un de mes plus fidèles amis.

Tendez l’oreille dans les moments de désespoir ou de doute – une chaude présence tout en sourire est toujours susceptible de s’inviter à votre table ; son nom s’imposera de lui-même.

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Max, qui travaille pour le Kimberley Land Council, m’a assuré qu’il était absolument certain que Adam et Eve n’étaient pas des Aborigènes mais bien des Blancs, ‘stupid fucking white men’ dirait-on dans un film de Jarmusch.

« Mais comment peux-tu en être si certain ? » demandais-je, jouant à merveille le rôle de l’ingénu.
« C’est bien simple, si ils avaient été Aborigènes, Adam et Eve auraient mangé le Serpent, pas la pomme ! »
 
Sagesse millénaire on vous dit : quelle aurait été alors la face du monde si nos ancêtres (putatifs certes) avaient décidé de manger le Malin plutôt que le Péché ?
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Je bidouille avec mon blog, vous voyez que l’apparence a changée. J’ai aussi ajouté des photos dans le dossier Fitzroy Crossing, et créé un nouveau dossier « Divers Vie » remplaçant celui dédié à Perth qui moisissait la depuis trop longtemps. Tout cela devrait encore croître dans les semaines à venir. Alors n’hésitez pas, fouillez, regardez, lisez, baladez-vous et, pourquoi pas, voyagez.
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     Ngurrara signifie terre natale en Walmajarri mais le terme est bien faible dans sa traduction et bien incapable de rendre la densité d’émotions, d’expériences et de relations qu’il implique dans sa version originale.
Ngurrara est le nom du groupe de gens du désert qui réclament depuis 15 ans maintenant la restitution du nord du Grand Désert de Sable, leur pays, sous la législation du Native Title (Titre Autochtone), voté en 1993 et qui admet pour la première fois qu’il y avait en Australie des habitants possédant une culture et des lois avant l’arrivée des Britanniques. Je rappelle la date : 1993. Avant cela, la doctrine de terra nullius prévalait : le continent n’appartenait à personne, donc il pouvait appartenir en droit à la Couronne Britannique - considérons que les autochtones font seulement partie de la faune curieuse de cette terre australe.
     Certains des plaignants sont nés dans ce désert et n’ont rencontré un homme Blanc pour la première fois que dans les années 1950 - des policiers en général, travaillant pour le compte des stations d’élevage en quête de main d’œuvre servile.
     Ce désert là, cette terre natale, est un pays de jila, de trous d’eau permanents où vivent des Serpents qui, pour peu que l’on chante, danse et peigne les bons motifs, apportent la pluie et par là le renouvellement du monde et de la société. C’est un pays traversé de Rêves et de Lois, un pays de dunes si vieilles que la maigre végétation a arrêté leur mouvement.
     Ngurrara est le nom d’un tableau gigantesque (8x10m) qui montre tous ces lieux importants et la façon dont ils entrent en relation les uns avec les autres. Le tableau est une pièce légale ajoutée au dossier des plaignants en plus des divers rapports et témoignages.
     La semaine dernière à Fitzroy Crossing se tenait un meeting pour le groupe de plaignants. Depuis que la demande de restitution a été logée, bien des plaignants sont morts et ne verront jamais la loi australienne reconnaître ce qu’ils ont toujours su : que ce désert est leur pays, leur terre, peuplée des traces et des os de leurs ancêtres à eux.
     La réunion avait lieu à Fitzroy car après l’effondrement de l’industrie pastorale et la loi imposant aux éleveurs de payer leurs travailleurs Aborigènes un vrai salaire, un deuxième exil fut provoqué, les Walmajarri devant s’installer plus loin encore de leur désert, dans une ville qui à l’époque n’était guère plus qu’un camp de réfugiés. Beaucoup des plaignant vivent encore a Fitzroy et dans les communautés environnantes : exilés, réfugiés dans leur propre pays.
     Le lent retour vers le désert, malgré la pauvreté des moyens et l’adversité de l’administration, ne commença qu’au début des années 1980, notamment avec des anthropologues. Près de quarante ans d’abandon avaient considérablement transformé l’aspect du pays qui autrefois était entretenu par les rituels et le feu, mais les anciens savent encore y naviguer, trouver les points d’eau comme si en vérité ils n’avaient jamais quitté ces lieux. Peut être d’ailleurs ne l’ont-ils jamais vraiment quitté puisqu’il a toujours été au centre de leurs préoccupations. La demande de restitution n’est qu’une parmi toutes les stratégies employées par ces gens pour revenir vers leur pays et transmettre à leurs enfants et petits enfants, la connaissance intime de ces lieux vivants. Oui, le désert est un monde vivant, une multiplicité en mouvement et agissante - pour peu que vous sachiez prêter l’oreille ou que vous ayez le sommeil léger.
     Maintenant, enfin, l’état d’Australie de l’Ouest a renoncé à toutes ses objections et s’apprête à rendre l’aire réclamée comme possession exclusive des plaignants sous le régime du Native Title – 15 ans de procédure pour une surface de près de 44 000 km carrés, dont absolument personne d’autre ne veut. Le 8 Novembre à Pirnini, une session extraordinaire du tribunal officialisera la décision de justice. Bien des plaignants originaux ne seront pas là, enfouis qu’ils sont sous leur terre d’exil, mais les survivants et leurs descendants danseront dans ce lieu où en 1997 ils avaient peint leur pays de manière si frappante.
     15 ans de procédure ?
     Le Native Title est une loi par bien des côtés cynique. Les plaignants doivent en effet prouver que 1) ils formaient une société au moment ou la Couronne acquis la souveraineté en Australie de l’Ouest (1829), ayant des lois régissant la propriété terrienne et que 2) cette société s’est maintenue jusqu'à aujourd’hui et avec elle la connexion au pays. En d’autres termes, la loi du Native Title demande aux Aborigènes de prouver que la colonisation n’a eu aucun effet sur eux !
     En outre la culture et la société aborigène sont définies de manière très précise et étroite dans la législation élaborée par des juristes et des parlementaires parmi lesquels ne figurait aucun Aborigène. Les plaignants doivent donc prouver non seulement que leur culture s’est maintenue mais qu’elle est bien conforme à ce que les Blancs en imaginent. Oui, cela prend un certain temps, ne serait-ce que pour se faire à l’idée.
     Et qu’obtiennent-ils au bout du compte ? Le droit de mener toutes les activités qu’ils veulent, à condition que ce soit des activités traditionnelles qu’ils auraient pratiquées avant la colonisation. Pour tout le reste, développement économique, construction de communautés ou de routes, etc. il faut passer par un nouveau circuit de paperasses et de litigations : elle est pas belle la reconnaissance ?
     Allons, c’est le premier pas d’une très longue épopée.
     Car comment voulez-vous dans ces conditions mettre à bas tous les préjugés et stéréotypes qui circulent autour de questions d’authenticité ou de traditionalisme. Oui les Aborigènes peuvent être authentiques et conduire des 4x4, chasser au fusil et regarder des Dvd. Non ils ne cessent pas d’être Aborigènes en écoutant du RnB et en mettant des vêtements.
     Jamais un Aborigène n’a questionné sa propre authenticité, c’est une question que les Blancs se posent, incapables de reconnaître la relation et l’histoire qu’ils partagent avec ces êtres prétendument autres.
     Est-il si difficile d’admettre que nous vivions dans le même monde selon de multiples points de vues ? Vous-mêmes, combien de personnes êtes-vous ?
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Crossing Crossing
La ville des croisements et des traversées
Une ville de Nomades – vous y croyez-vous ?
Je compte sur les doigts de la main : Bunuba pour leur pays, Gooniyandi de l’autre côté du fleuve, Walmajarri et Wangkajungka remontés du Désert, Nyikina à l’Ouest et Ngarinjin au Nord – sans compter ces Blancs venus se roussir dans cette lisère de désert
Et se salir les mains : missionnaires, éleveurs, policiers et fonctionnaires de tous poils
La ville née de l’exil des autres et l’invasion des premiers
La ville née de l’administration du « problème autochtone »
"Propriété émergente du colonialisme australien"
- Ces nomades n’arrêteront-ils jamais de bouger, faut-il donc tous les coller en prison ou à l’école ou au travail ?
Do-mes-ti-quer !
Rien n’y fait la ville continue de bouger comme le fleuve qui mange ses rives à chaque débordement
Emerger, toujours, sans jamais se laisser prendre dans la dette océanique de l’aide et du développement
La ville ?
1, 2, 3, 4, 5 communautés en une seule ville – Mindi Rardi, Kurnangki, Junjuwa, Lianbun, Darlgunya - et des centaines dans tout la Vallée
Camps de réfugiés de l’intérieur, exilés dans leur propre pays
Mais qui circulent sans cesse entre la ville et ses atomes :
Pêcher, visiter, ragoter, se faire payer, boire un coup ou six mille, acheter, vendre, échanger, travailler, attraper une voiture comme on chasse, parler, danser, chanter
3 Industries majeures en dans la ville qui bouge : la baise, la boive, la fume
Les lumières de la civilisation ! Pauvres parcelles de miettes d’autonomie
Traverser : le fleuve, la Loi, la vie et les cultures
En faisant gaffe aux crues subites
Et au Serpent qui se cache sous l’apparence de l’eau
Ces nomades et leurs histoires n’arrêteront-ils jamais de bouger ?
Tenez-vous en place ! hurle le fonctionnaire assermenté essayant de prendre une photo qui ne soit pas floue
Trop tard – le monde encore une fois a bougé
La ville agitée des soubresauts qui ont des lieux, des feux, des jeux pour contrer le joug qu’on veut leur faire enfiler 
Je me crée et je me détruis dans le même mouvement
Le bitume éclaté par la chaleur et les routes cachées de l’intérieur
Trois Géographies pour un seul et même lieu, deux Lois, un Fleuve
Fitzroy
Aucun renoncement ni abandon
Même la terre s’est mise en mouvement
Parce qu’on voulait l’arrêter
Une ville de nomades, vous y croyez réellement ?
Croisements et Traversées
Mouvement, mouvement, mouvement
 
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Je vous recommande très chaudement ce film de Chris Marker et Alain Resnais, de 1953, même si la qualité de l’image est parfois mauvaise sur cette version Internet.
A l’occasion des journées du patrimoine, il convient en effet de se demander ce qui se passe dans nos musées, et combien de cultures vont encore aller y mourir, combien d’arts vivants vont devenir des langues mortes.
Alors, oui, le film est sévèrement daté, on y emploie sans vergogne le terme de Nègre. On se croirait presque dans Tintin au Congo, sauf que cette fois, grâce au texte admirable pour cette époque (le film ne reçut pas de visa d’exploitation à cause de son ton un peu trop anticolonial), c’est le Congo qui finit par manger Tintin. Le racisme colonialiste critiqué dans le langage du racisme colonialiste.
C’est aussi un très beau noir et blanc présentant sur une musique étrange des objets fascinants et des vues de notre passé colonial que l’on aurait tort d’oublier – n’est-ce pas là aussi notre patrimoine ?
Et ayons une pensée émue pour le musée du Quai Branly : tandis que nous accueillons en grande pompe les arts non occidentaux dans nos vitrines, nous en profitons pour reconduire à nos frontières les gens qui héritent et vivent ces traditions.
Monsieur Hortefeux a-t-il rempli son quota d’achat d’objets d’art ou faut-il convoquer les préfets ?
 
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Dans la nuit rouge de la baise et de la boive envahie par la fumée des fureurs sans hivers et des incendies sans printemps
Dans l’amertume de la bile des spectres et de la poussière qui leur sert de corps - misère noire du sable rouge et puanteur des millénaires
Dans la meute enivrée des chiens galeux qui se disputent la charogne du jour à coups de gueule, de queue et de chemises trouées
Dans la brûlure du casino sans ombre joué entre deux cartons de bière et dix corbillards embouteillés
Dans la brume des feux du jour où tousse le fleuve réduit à la merci des poissons secs et des pécheurs impénitents
Dans les hurlements d’une religion vendue sur le corps encore chaud enveloppé de larmes, de sueur et d’oubli
Dans la pourriture des maisons construites en cellules sur le plan d’un panoptique banlieusard où les cadavres roulent au diesel et au bleu de méthylène
Dans la noirceur de mon jus sans lune et de la nuit étouffée d’étoiles sombres – avez-vous vu l’émeu qui se cache dans la nuit de vos antipodes ?
Dans la saleté du cirque aux égouts que l’on s’échange entre deux chicots venimeux
Dans la nuée mortelle qui s’échappe des bouches sans dents et des moignons mangés par la lèpre et l’esclavage
Dans le vide rassasié de deux mille ventres qui souffrent de l’ardeur des moustiques et des asticots, des mouches qui viennent se pendre aux filets de salive sèche
Dans le vent du nord-est tout droit venu des enfers pour lécher de ses flammes les écorchures en apparence de vie
Donne, donne, donne, donne-moi ci ou ça, n’importe quoi pourvu que ça palpite – la main tendue amputée qui s’agite en fantôme, les yeux saignent des larmes de poussière, la bouche tordue en cicatrice
Les épouvantails se tiennent à genoux
La trace d’une vie ne ment pas sur le bitume : une flaque d’humeur noire qui se répand en écoeurement – vomissure
Dans l’espace entre la mort et sa bouche je me tiens suspendu au nulle part, le ventre rempli de bouse et de sable, les yeux fermés à l’intérieur, le cœur emporté par le vent comme les os rongés des carcasses à venir.
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