Kurlku, vous vous en souvenez peut être, est l’un de ces lieux ou l’on peut se reposer dans un hôtel cinq millions d’étoiles, c’est aussi l’une des premières outstations établie dans la région de Fitzroy Crossing au début des années 80, un avant-poste pour le retour au désert des Walmajarri et un lieu de séjour loin des remous alcoolisés de la ville.
Or, pour aller à Kurlku, il faut passer par les terres de la station d’élevage de Beefwood Park. Le Kimberley est l’une des principales régions d’élevage de l’Australie, c’est grâce a l’afflux de bétail et la main d’œuvre alors servile des Aborigènes que l’économie de la région s’est construite avant que l’on ne s’intéresse aux minéraux variés (diamants, zinc, étain, etc.) qui gisent en son sous-sol.
Les habitants de Kurlku, qui circulent entre Fitzroy, Bayulu et Djugeridi lorsqu’ils n’y sont pas, bénéficiaient d’un accord a l’amiable avec le précédent manager de Beefwood et pouvaient donc, comme la li le leur permet, aller a Kurlku comme bon leur semblait pourvu qu’ils laissent les différentes barrières qu’ils croisaient dans l’état ou ils les trouvaient.
Mais voilà : changement de propriétaire cette année, un sud-Africain prend les rennes de Beefwood, et, fier défenseur de la propriété privée, ne veut pas entendre que des natifs viennent forager sur ses terres ou même simplement les traverser. A-t-on jamais vu des primitifs faire preuve d’autant d’impudence ?
Scène 2, un week-end de décembre, Maisy, Mona et une tripotée de petits enfants décident d’aller passer le week-end a Kurlku, chasser cueillir, marcher et profiter du fait que la route est encore praticable avant que les pluies ne se mettent a tomber. A la barrière de Beefowood, les deux vieilles dames sont reçus par le nouveau manager.
« Qu’est-ce que vous croyez faire ici ?
- Eh bien nous allons chez nous à Kurlku, chasser, cueillir et apprendre aux petits qui est leur pays.
- Pas question, c’est ma propriété, vous n’entrez pas, vous ne chassez pas ici, si c’est comme ça, moi je vais les tirer vos kangourous, tous, et je vais tirer vos goannas ici, et peut être même que je vais vous tirer vous aussi tiens. »
Les Aborigènes, dont certains ont vu leurs grands parents se faire descendre par la police ou les éleveurs, qui ont tous entendu de telles histoires, ne prennent pas les menaces de mort à la légère et les femmes et leurs petits-enfants ont rebroussé chemin.
La semaine suivante elles étaient a KALACC pour se plaindre de l’incident, les avocats du Land Council ont été réquisitionnés pour parapher quelques lettres de protestation et de menaces de poursuite, et la police est venu faire son enquête sur les menaces de mort, prendre les dépositions des dames et faire quelques promesses. On attend toujours la suite des événements.
Peu importe l’issue a vrai dire, puisqu’il est inscrit dans le droit que les Aborigènes ont un accès garanti a leurs oustations et communautés. Plus révélateur est le fait que, en 2006, ils sont encore traités comme des exilés dans leur propre pays, des réfugiés dont l’humanité est toujours en question puisque apparemment ils ne valent pas mieux que quelques vaches ou une meute de kangourous dont on peut disposer a coup de fusil.
Plus étonnant encore est la volonté, répétée encore aux cours de ces meetings, affichée par les Aborigènes de vouloir travailler avec les éleveurs plutôt que contre eux. Apres deux cents ans d’abus, d’exploitation et de dépossession, ils sont encore prêt a partager leurs connaissances et leurs ressources, a condition qu’on leur témoigne un peu de respect. Chapeau bas et bon courage : la route est encore longue.
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